Le Vieux Fumeur By Maurice Rollinat

Le Vieux Fumeur

Alors, vous avez confiance
Dans les effets du tabac ? — Oui ! »
Dit le vieil homme épanoui,
Tout goguenard d’insouciance.
— « Ah ! ça fait si bonne alliance
Chasse et tabac ! ça m’a produit
De tuer mon lièvre aujourd’hui.
Croyez-en mon expérience :
Tâcher d’acquérir l’oubliance
Du méchant regret qui vous cuit :
Jamais ne donner audience
Qu’au sentiment qui vous séduit ;
Toujours rester sourd à celui
Grognant tristesse ou malveillance ;
Amuser partout jour et nuit
Du mieux qu’on peut le temps qui fuit :
C’est la véritable science.
Au tabac pour ça j’ai croyance !…
Un souci grave me poursuit ?…
J’en fume une… Insignifiance !
Pas trop n’en faut de clairvoyance :
La pensée use et vous conduit
À l’envie, à la méfiance.
Ma bouffarde est un bon étui
Où je visse ma conscience.
On dit que le tabac me nuit…
Eh ! que m’importe ? si, par lui,
J’aspire un peu de patience
Et rejette beaucoup d’ennui
Jusqu’à la mort qui nous enfouit
Dans l’éternelle sommeillance ! »
— Ainsi parla le père Louis
Fixant sur les miens éblouis
Ses deux yeux flambants bleu faïence.

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